28 mai 2009
Le sein
"Il fallut consulter. Un premier médecin l'adressa à un second lequel, n'ayant pas de place, conseilla un confrère spécialiste. En bout de chäîne, à l'hôpital, un professeur avait parlé: le mal s'était logé à l'intérieur. Il fallait couper. Enlever. Reconstituer. Elle se souvenait de cette parole exacte: "... se débarrasser du mauvais sein pour en fabriquer un autre, tout neuf." A ces mots, une rage s'était emparée d'elle. Une rage jamais encore rencontrée, étrangère à tout ce qu'elle, si calme, connaissait. Pouvait-on parler d'un ton si léger d'une chose si grave? De quel droit cet étranger indemne sous sa blouse blanche lui annonçait-il que le meilleur d'elle-même était devenu le plus mauvais? Elle lui dirait à ce trafiqueur de chairs qu'on ne se débarrasse pas ainsi de soi. On ne se refait pas. On se doit d'être fidèle à ce que l'on est. Son sein, c'était la mémoire même de l'amour, la source d'où, depuis toujours, avait jailli le lait de ses rêves."
Extrait de "Chambre à part", de Catherine Ternynck
Commentaires
Je comprends mieux maintenant ce texte. Merci
les gènes et l'angoisse de se perdre
coucou Vanessa, je suis contente de te lire ici
Le hasard a fait que j'ai peut-être reçu un gène qui fait de moi qqn à haut risque de cancer du sein et de l'ovaire. Une chance sur deux de l'avoir reçu.
Cette année, pour la première fois, j'ai accepté de me plier au rituel des examens préconisés par les généticiens de l'Institut Curie.
Manque de bol (encore une fois?) ils ne sont pas tout à fait normaux...
alors j'attends, pour savoir si le staff décide l'escalade stratégique, ou si c'est "repos jusqu'à l'année prochaine..."
alors, il y a de quoi faire surchauffer mon appareil à fantasmes et à émotions...
mais: no news, good news.
bises
erell/ erellwen




